Mercredi 13 juin 2007

Le Journal d’une “femme de 19 ans” n’a pas la notoriété du Journal des “Faux-Monnayeurs“. 
Ma tentative n’en obéit pas moins à la même logique : faire entrer le lecteur dans ma vie, lui faire découvrir mes idées, lui montrer mes rires, mes joies, mes chagrins, mes peines, mes peurs.

Une des particularités d’une blogueuse, et qui conditionne profondément son blog, me semble être de bonnes heures autour d’elle une bulle, liée à ses goûts, à sa culture, à son climat intérieur, à ses lectures et rêveries familières, et qu’elle promène partout avec elle, autour d’elle,, une pièce à vivre, un “intérieur” façonné à sa mesure ;  elle a ses repères, ses idoles familières, ses dieux du foyer, où son for intérieur se sent protégé contre les intempéries et à l’aise. Sans l’existence de cette bulle protectrice, il serait difficile de comprendre une certaine indifférence de la blogueuse aux vicissitudes de la vie littéraire à laquelle elle se trouve malgré-elle mêlée.

Je vous invite à découvrir la première partie de ma vie qui vous permettra une meilleure analyse de qui je suis.

Bonne lecture à vous, et n’hésitez pas à me signaler mes fautes d’orthographe ou de syntaxe.

Tacha. 
 
Par Tacha - Publié dans : Avant propos
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Mercredi 13 juin 2007
Moi-b--b--.jpg Je suis née le 05 Juin 1988 à Kharkov ville (Ukraine) qui se trouve à environ 460 Km au sud-est de Kiev. Mon père décède alors que je n’ai que 3 ans.
 
C’est en 1992 que nous émigrons en France. C’est ici que je vais vivre les plus beaux instants de ma vie d’enfant.
 
2003 à l’annonce de la future maternité de mère, l’amant prend la poudre d’escampette.
 
Mai 2004 Naissance de ma sœur Anna. Nous sommes heureuses toutes les trois, la vie est belle que de beaux souvenirs…
 
Novembre 2004 Mère est hospitalisée pour un cancer du pancréas. Fin de mes études. Je suis obligée de me mettre au travail, afin de payer les factures. N’ayant aucune qualification, je deviens femme de ménage.
 
Janvier 2005 Décès de mère. Quand une mère disparaît, peu importe le comment, c’est le pourquoi qui me fût intolérable. Je l’ai vécue comme le plus terrible des abandons car je savais que je passerais ma vie à me cogner au néant de l’explication. Un atroce et lancinant sentiment de lâchage m’a envahi lorsque mère a soudainement déserter la famille.

Mai 2005 Je deviens Française. La France est pour moi le plus beau pays au monde.

Juillet 2005 Madame le juge m’émancipe et me donne la tutelle de ma sœur.

2004 / 2007 Femme femme de ménage, j’avais deux mi-temps chez deux couples de gens formidables. C’est notamment grâce à l’un d'entre eux que j’ai pu créer ce blog, pour mon anniversaire, ils m'ont offert  leur ancien computer.

Juin 2007 Grâce à internet, et surtout à Jean-Charles (mon prof de philo) Je reprends des cours afin d'optenir mon BAC.

Juillet 2007 J'entame ma nouvelle vie de traductrice dans une entreprise parisienne de vente d'art. 

Le 13 Juillet 2007
Je suis une maman pour Anna, et pour moi elle est mon bébé, même si je ne l’ai pas enfantée. 
Je sais qu’un jour il me faudra lui dire que je suis sa demi-sœur et non sa maman, mais elle est encore trop petite. Je fais tout pour qu’elle soit la plus heureuse des petites filles. Elle remplit mon cœur de bonheur, c’est un vrai petit ange.
 
Par Tacha - Publié dans : Qui suis-je ?
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Mercredi 13 juin 2007
Mon-b--b---001.jpg  Elle est pas belle ma petite puce ?
Par Tacha - Publié dans : Anna Mon petit Ange
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Mercredi 13 juin 2007
Mon-b--b---003.jpg Chapeau l'artiste.
Par Tacha - Publié dans : Anna Mon petit Ange
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Mercredi 13 juin 2007

Cette rubrique est pour vous, n'hésitez donc pas à me laisser des méssages. Il vous suffit de cliquer en bas sur "ajouter un commentaire" 

Je viens d'ajouter un Aggiornamento à cette rubrique, puisque certains internautes confondaient "livre d'or" avec espace publicitaire, et cela évite également les cafards! *sourire*. 

Cette modération ne veut pas dire que je ne publierai pas les commentaires acerbes! Donc à vos claviers

A vous lire,

Tacha.

P.S Dans certains cas nous comprenons les biens faits des lois régaliennes! *rire*

Par Tacha - Publié dans : Livre d'or
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Mercredi 13 juin 2007

J’ai lu hier soir un article sur la future loi de Monsieur Sarkozy, travailler plus pour gagner plus.

 

Vous messieurs les apparatchiks et énarques, vous qui dirigez notre pays, je vous pose la question:

Je suis femme de ménage ou technicienne de surface si vous préférez, cette dénomination me fait beaucoup rire.
Je travaille huit heures par jour (deux mi-temps) cinq jours sur sept. Je gagne 1290 Euros mensuel. Je suppose qu’avec le montant de mon salaire, je fais partie des petites gens. J’ai également une petite fille à m’occuper ainsi que l’entretien de ma propre maison à faire. Comment puis-je agencer mon planning afin de trouver du temps pour gagner plus ?
 
Un parfum fétide flotte dans l’air, le parfum de l’escroquerie. J’ai l’impression que les caciques de notre gouvernement sont entrain de nous éditer des lois régaliennes.
 
De qui donc pensez-vous vous moquer Messieurs ? Nous sommes pauvres mais pas idiots ! 
Par Tacha - Publié dans : Journal intime
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Jeudi 14 juin 2007
Pour financer les baisses des cotisations patronales, la TVA va augmenter. Là encore je trouve cela injuste. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cela va aider les entreprises françaises et certains salariés, mais ceux qui vont payer la note se sont les Rmistes, les chômeurs, les retraités ainsi que les petites gens comme moi. La note ne s’arrête pas là, puisqu’il va falloir additionner à cela, la déduction des intérêts d’emprunt, la réforme des successions. Nous poursuivons cette même logique : les plus pauvres financeront les avantages donnés aux plus riches. L’économiste libéral Hayek disait : "A ceux qui ont on donnera". Belle motivation pour les petites gens comme moi, partir travailler avec un tel objectif cela motive!!!
 
Je vais terminer ma petite bafouille par un petit mot sur la loi Hortefeux.
Cette loi est ni plus ni moins scandaleuse. Le regroupement familial doit être permis pour les immigrés si ceux-ci se trouvent en situation régulière dans notre beau pays. A quoi cela servirait-il de défendre la famille si l’on refuse les droits élémentaires à certains, de plus une certaine iniquité apparaît suivant les pays, Danois oui, Africain non. Belle justice en perspective ne croyez-vous pas ?
 
Ne nous trompons pas dimanche, il nous faut absolument aller voter. Avec une majorité de 400 députés l’opposition aura énormément de mal à débattre et résister, mais avec une majorité de 500 elle sera condamnée à rester spectatrice de la débâcle de nos droits.
Par Tacha - Publié dans : Journal intime
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Vendredi 15 juin 2007


Lorsque j'annonce ma profession, les gens me disent qu'ils sont désolés. Pourquoi ???

Etre femme de ménage n'est pas déshonorant! Je pourrais être chômeuse ou Rmiste et vivre au crochet de la société, cela renvoie une image beaucoup plus dégradante non ?

 
Je suis très fière de travailler et de pouvoir survenir aux besoins de mon foyer.
                                                                                                     
Il n’est pas facile de tout mener de front, travail, maison, enfant, avec tous les problèmes inhérents, surtout lorsqu'on ne dispose pas du maximum de confort (crèche, nounou, cantine) je dois toujours affronter la part d’imprévus pour lesquels aucune réponse n’a été programmée.
 
Une femme de ménage ne doit pas être un phare de la pensée. Ah bon ???
 
La vie m'a contrainte à stopper mes études, mais je continue à me cultiver, à lire et à apprendre seule.
Là encore, mon choix est restreint puisque je vie en milieu rural, et que je ne dispose pas de suffisamment d'argent pour intégrer un organisme de cours par correspondance, mais cela ne veux pas dire que j'ai le Q.I d'une huître.
 
Je viens de découvrir le tchat, et à ma grande surprise j'ai discuté avec 20 Médecins, 30 ingénieurs, et une kyrielle de cadres sup. Pas de plombier, cuisinier, secrétaire, chômeur, Rmiste etc...
 
Dois-je manger des champignons hallucinogènes afin de diminuer mes facultés intellectuelles et croire en ces inepties ? Vous avouerez que cela est étrange non ? Surtout lorsque l'orthographe et les terminologies utilisées sont bien en deçà de ceux d'une femme de ménage.
 
La vie est si dure autant ne pas la subir de notre propre volonté.
Restez intègre et honnête ne serait-ce que par respect pour vous-même, courage et relevez la tête!
Par Tacha - Publié dans : Journal intime
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Vendredi 15 juin 2007
Je vous remercie Monsieur Jean-charles de votre gentillesse, et c'est avec plaisir que je vais me jeter dans ce défis. Je vais faire cela samedi soir, il sera en ligne Dimanche dans l'après midi. Je vais dès à présent réviser toutes mes fiches. Bonne soirée à vous, bon week-end et à lundi Monsieur.
Par tacha - Publié dans : Journal intime
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Dimanche 17 juin 2007

J’ai révisé mes fiches de philo que j'ai construites depuis trois ans, et me voilà prête pour mon premier devoir, un petit peu stressée mais bon…C’est le moment ou jamais.
 
Sujet :Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
 
Je suis ici même dans mon salon devant mon computer, parfaitement enfermée et cernée par les regards invisibles de mes condisciples qui vont bientôt me juger, me jauger, m'évaluer par cette copie que je vais leur remettre. J'ai bien conscience de ma situation, je l'ai choisie lorsque j'ai accepté la proposition qui m'a été faite de passer le bac de philosophie. Je peux même prolonger cette parfaite conscience par une prise de conscience, soudaine et brutale, que je suis ici, obligée à présent de composer, prise au piège. Cette prise de conscience peut-elle me libérer de ma situation ou au contraire ne fait-elle qu'augmenter le vide et l'angoisse qui me saisit à la perspective d'être enfermée pendant quatre heures. Est-ce parce que je prends conscience de mon aliénation que je vais pouvoir m'en libérer ? Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
 
Qu'entend-on par « prise de conscience » ? Il faut voir tout d'abord que la prise de conscience n'est pas la conscience : la notion de prise de conscience implique un événement, une rupture dans le temps, qui survient par le fait d'envisager, de comprendre, c'est-à-dire de prendre avec soi, en soi, ce qui m'arrive, ce qui fait que je suis ici, dans mon salon, à composer, et plus généralement, le fait que je suis là, projetée dans ce monde sans savoir exactement pourquoi ni comment. Dès que je prends conscience de ma situation, c'est-à-dire, dès lors que j'envisage ma condition, mon aliénation fondamentale dans le fait d'être là, suis-je libérée du fait d'être femme ou homme, et d'être déterminée par mon corps, mon être, ma société avec toutes ses lois ?
 
C'est en effet par ma pensée et par elle seule que je peux m'affranchir de toutes ces contraintes, puisque l'on peut enfermer mon corps, l'on peut me soumettre à tous les jougs et les pires tyrannies, je pourrai toujours me libérer par la puissance de ma pensée de toutes les déterminations, pour autant que j'en prenne conscience. Personne ne peut prendre possession de mon esprit qui me permet d'accepter ma situation, quelle qu'elle soit, et même de la vouloir ainsi. Quelle plus grande liberté que celle de choisir de vouloir ce qui m'arrive ? Je suis arrivée au monde dans une prison qui est celle de mon corps, avec ses limites, ses maladies, ses faiblesses, mais si je choisis par la prise de conscience de vouloir être dans ce corps et par ce corps, je deviens libre de ses déterminations en les faisant miennes. Comme le montre la philosophie stoïcienne, voici la voie de la libération de tous les déterminismes, par la prise de conscience du mal, qui devient dans cette perspective la volonté même de vouloir le subir et donc de s'en affranchir.
 
Plus fondamentalement, la prise de conscience comme acte métaphysique, fait partie du surgissement du sujet, qui dès lors qu'il s'est fondé en tant que tel, peut se libérer de sa condition puisqu'il peut décider de ses actes, de ses pensées, de ses actions. Le « cogito » tel que l'a pensé Descartes dans ses Méditations, n'est autre que cette prise de conscience du sujet comme fondement du monde qui signifie sa liberté en tant que sujet : « je suis, j'existe »; c'est  cette idée fondamentale, fondatrice, originaire qui me permet d'organiser le flot des événements qui surgissent sans que j'aie prise sur eux afin de me rendre maître et possesseur de la nature. Le cogito met fin au tourment infini du doute qui m'entraînait dans l'enfermement de ma volonté et de ma pensée, aliénant ma capacité de jugement et d'être.
 
Plus radicalement, si l'on envisage le monde à partir du sujet pensant, la liberté peut-elle résider autre part que dans cette prise de conscience ? Spinoza explique dans le Traité théologico-politique que la notion de loi possède des acceptions différentes pour l'homme du commun et pour celui qui prend conscience de la loi. Pour l'ignorant, - celui qui ne prend pas conscience - la possibilité de contrainte devient la condition même de l'obéissance politique. Mais pour celui qui prend conscience, qui sait percevoir les choses  par lui-même, elles seront le signe de sa liberté. Autrement dit, la liberté n'existe que dans la prise de conscience du fait que nous soyons déterminés. Il n'y a d'autre libération que celle de la prise de conscience.
 
La prise de conscience peut ainsi être envisagée comme le signe qu'il existe un principe présent en tout être et en toute chose qui est inscrit dans le monde, et qui l'organise : c'est la Raison. La prise de conscience n'est autre chose que l'avènement de la Raison en chacun selon le processus dialectique. Le monde progresse ainsi par l'incarnation progressive de la vérité à travers les êtres et le temps. Dans la perspective hégélienne, c'est cela même, la liberté.
 
Cependant, est-ce parce que je prends conscience de la Raison en acte à travers moi que je vais me libérer de ma condition d'être dans le monde, dans ce corps, à ce moment déterminé, que je n'ai pas déterminé moi-même ? Je n'en suis pas moins là, dans mon salon à composer sous le regard des autres.  J'habite dans ce pays, soumise à ses lois, que j'ai choisies hier en votant. Mais si je les ai choisies, c'est par un acte, non par une prise de conscience. La prise de conscience politique qui m'incite à aller voter pour choisir le sort de mon pays n'est rien sans l'action de se rendre au bureau de vote. Ainsi donc, plus que la prise de conscience, n'est-ce pas l'action qui est libératrice ?
 
En politique, c'est bien l'action qui a permis la libération des jougs de l'esclavage, de la tyrannie, du totalitarisme qui maintient les citoyens à l'état de servitude. La révolte, la Révolution font partie de ces libérations d'un peuple qui ont rendu possible leur liberté. Elles sont en effet parties d'une prise de conscience de leur aliénation par un roi, un prince ou un dictateur, avec un système politique inique ; mais sans l'action d'une prise de pouvoir par le peuple, par le fait de transférer par un acte son pouvoir individuel dans une personne collective, ou encore par une association ou un pacte commun, ce peuple n'aurait pas été libre.
 
D'un point de vue moral, la prise de conscience du mal n'est pas libératrice, bien au contraire. Par exemple, ce n'est pas parce que je vais comprendre toutes les raisons pour lesquelles Hitler a pu décider de la Solution finale que je vais me libérer du mal engendré par la Shoah. Ce mal, tant les historiens que les psychologues ou des sociologues ont tenté de le rationaliser, de le réduire, à des conséquences de la défaite et du diktat de Versailles, ou encore  à l'emprise collective des personnalités autoritaires, ou encore à la banalité du mal. Mais toutes ces prises de conscience du mal engendré par la Shoah n'expliqueront jamais la folie meurtrière qui fait que l'on déporte des gens, des hommes, des femmes, des enfants pour les mettre dans des chambre à gaz. Loin de l'expliquer, la prise de conscience ne fait que mettre en évidence l'absurdité du mal, et mène à l'effroi et au silence. Dans la prise de conscience de la Shoah, il n'y  a pas de libération, il n'y a que l'incompréhension devant l'irréductible.
 
D'un point de vue métaphysique, la notion de prise de conscience libératrice implique une ontologie de l'être en tant qu'être. La prise  de conscience repose sur une ontologie essentialiste selon laquelle l'être est ce qu'il est, dans sa permanence, et la prise de conscience est la marge de liberté qui me permet de m'en rendre compte. Mais si l'on envisage l'être non comme essence, comme chose en soi mais au contraire comme existence, alors la libération ne peut venir de la prise de conscience. Comme le montre Sartre dans l'Être et le Néant, au départ est l'existence. « Lorsque je le délibère, les jeux sont faits », dit Sartre. On pourrait dire également, lorsque je prends conscience, les jeux sont faits. Dès ma naissance, je suis projetée bien malgré moi dans l'altérité du monde, dans l'horizon métaphysique de la néantisation, c'est-à-dire que je suis en situation, et cette situation prime sur l'être, puisqu'elle fait l'être. Pour se libérer, il ne suffit pas de prendre conscience de mon aliénation, il me faut agir, m'engager, exister, car être c'est exister. Au départ, est ma liberté. C'est elle qui est première, et la prise de conscience, loin de permettre ma liberté, ne fait que m'aliéner. Ainsi par exemple, le sentiment que je peux ressentir lorsque je suis devant une porte en train d'épier quelqu'un et que surgit le regard de l'autre. Ce regard en faisant surgir la honte en moi m'aliène. Comme le montre Sartre, la honte en tant que prise de conscience de moi-même, loin de me rendre libre, me montre à quel point je suis chosifiée par ce que l'on nomme « la prise de conscience ». Dès lors que je prends conscience, je suis prisonnière du regard de l'autre, et loin de me libérer, sortant de ma condition de pour-soi, n'étant pas que ce que je suis, je deviens ce que je ne suis pas : une chose, un en-soi. C'est par la prise de conscience que je m'aliène.
 
Ainsi donc, nous voyons que d'un certain point de vue, qui est essentialiste, la prise de conscience permet de me libérer d'une aliénation fondamentale, et c'est même la seule liberté qui  m'est offerte. Mais au contraire, si l'on se place dans une perspective existentielle, c'est l'action qui me rend libre, alors que la prise de conscience par le regard de l'autre en moi et sur moi, aliène tous mes possibles. Qu'en est-il finalement de la valeur de la prise de conscience dans la libération individuelle ou collective, et dans quelle mesure est-il possible de tout à fait « prendre conscience » ?
 
Prendre conscience de ma situation, celle que je vis à un niveau de conscience, n'est pas vraiment prendre conscience ; c'est avoir conscience. Pour prendre vraiment conscience de quelque chose, peut-être faut-il envisager tout ce dont je n'avais pas conscience avant et qui advient justement à la conscience, c'est-à-dire : l'inconscient. Au fondement du sujet, il n'y a pas la conscience, il y a l'inconscient, c'est-à-dire tout ce que le sujet refoule en entrant dans le langage. Comme le montre Lacan, il y a inconscient car il y a langage. Dès lors que j'entre dans le langage, je suis dans un processus de refoulement de moi. Comment me libérer de cette aliénation primordiale qui est au fondement même du désir ? Je peux très bien connaître mes défauts, mes angoisses, mes peurs, mes névroses sans pour autant en être libre. Dans le processus analytique, ce n'est pas la prise de conscience de la névrose qui libère, c'est le transfert. C'est-à-dire le fait de revivre ses sentiments, ses peurs, ses angoisses par rapport à l'analyste, lieu de toutes les projections, qui va amener à la libération de ce passé qui emprisonne. Le transfert, ce miracle de l'amour projeté sur l'analyste, découvert par Freud d'une façon empirique alors qu'il traitait ses patientes, est ce qui va permettre la guérison. La libération ne vient que par le sentiment, les sensations, l'expérience amoureuse : l'existence, en effet, projetée dans une autre dimension que celle de la pure raison. Une prise de conscience, qui est une prise de conscience de soi à travers les autres, de ses désirs, de ses aspirations, de ses pulsions. Cette prise de conscience peut en effet mener à la libération, comme invention du moi, d'un autre moi, à travers de nouvelles représentations, autres que celles imposées par la société, par la raison, et par le déterminisme du passé ou de l'être.
 
On le voit, toute prise de conscience n'est pas libératrice. Au contraire, la prise de conscience est aliénante dans le sens où le sujet qui prend conscience de son aliénation reste enfermé dans un processus rationnel qui ne fait que redoubler son aliénation. Ce qui est primordial et premier c'est l'existence et l'intention qu'on lui donne, l'infinie possibilité des interprétations, des versions de son existence. Et l'art n'est peut-être autre chose qu'une prise de conscience particulière qui permet de mettre en jeu l'inconscient pour se libérer de ses déterminations, tout comme l'éthique, au fondement de l'être, qui permet d'organiser la relation à l'autre, autrement que sur le mode de la violence, cette même éthique, et cette même volonté de création, qui font que je suis là, ayant librement consenti de venir faire cette copie devant mon computer, et m'y astreignant librement puisque je choisis de ne pas décevoir l'attente devant la parole donnée : enfermée dans cette pièce, mais libre dans la prise de conscience du fait que je m'invente en ce moment même comme sujet.
 
Par Natacha Svechenko - Publié dans : Philosophie
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